L'école en estonien, une épreuve pour nombre de familles russophones

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L'école en estonien, une épreuve pour nombre de familles russophones.

Narva (AFP) - Quand la fille aînée de Jelizaveta Ponomarjova a débuté sa quatrième année d'école primaire en septembre dernier, elle s'est retrouvée désemparée. "Maman, je ne comprends rien du tout. Notre enseignant ne parle qu'en estonien", disait-elle à sa mère.

Ecolière dans la ville de Narva, frontalière de la Russie, Tasja, 10 ans, avait étudié exclusivement en russe les trois années scolaires précédentes. 

Mais depuis 2024, l'Estonie supprime progressivement le russe comme langue d'enseignement, et l'estonien - réputé comme l'une des langues les plus complexes au monde - est obligatoire à l'école maternelle et plusieurs niveaux du primaire.

Selon les autorités de ce pays de l'UE qui a vécu sous la coupe de l'URSS de 1940 jusqu'en 1991, cette loi adoptée en 2022, après l'invasion de l'Ukraine par l'armée russe, vise à renforcer la cohésion nationale.

"C'est la dernière étape d'un long processus graduel initié après la reconquête par l'Estonie de son indépendance", explique à l'AFP le ministère de l'Education, estimant qu'"une ségrégation fondée sur la langue nourrit la division dans la société".

Moscou a condamné ce qu'elle considère comme une discrimination contre la minorité russophone en Estonie (300.000 personnes sur une population de 1,3 million), qui fait suite à une mesure similaire lancée en 2019 par la Lettonie voisine. 

- "En pleurs" - 

A Narva, ville de 50.000 habitants simplement séparée de la Russie par un fleuve et où 95% des habitants ont le russe pour langue maternelle, le lancement de la réforme a plongé dans l'angoisse de nombreux parents d'élèves.

Dans un groupe de dialogue en ligne, des parents rapportaient que certains enfants rentraient de l'école "en pleurs", "presque" au point de ne plus vouloir y retourner, raconte Mme Ponomarjova.

Même si elle salue les efforts des enseignants pour aider les enfants russophones, Arina Manzikova, mère de quatre enfants, s'inquiète pour sa fille Anja.

En cours préparatoire, la fillette de 7 ans "ne comprend pas ce qu'elle lit" et mélange les alphabets estonien et russe.

Mme Manzikova, 43 ans, met à profit sa maîtrise de l'estonien pour aider sa fille, mais elle demeure "très inquiète que le niveau d'éducation (de sa fille) reste très bas".

Jelizaveta Ponomarjova reconnaît, elle, que les choses commencent à aller mieux pour sa fille Tasja, mais cette dernière "ne suit pas en maths, uniquement parce que c'est enseigné en estonien", insiste-t-elle.

- "Génération perdue" -

Député et ancien maire de Narva, Aleksei Jevgrafov a voté contre la réforme.

"Il va de soi que les habitants d'Estonie doivent connaître la langue de leur pays", dit-il, mais la méthode, trop expéditive selon lui, pose problème.

"Je pense, comme de nombreux experts, que les enfants broyés par la machinerie de cette réforme risquent de devenir une génération perdue".

Le chef de l'assemblée locale de Narva, Mihhaïl Stalnouhhine, reproche également au gouvernement "d'avoir choisi la facilité". De son point de vue, il aurait fallu laisser les jeunes russophones faire leur scolarité en russe, mais leur proposer un enseignement renforcé en estonien.

En l'état, la réforme risque de désavantager les enfants russophones sur le marché du travail et d'en faire des "parias", estime ce philologue qui a dirigé une commission parlementaire consacrée au développement de la langue estonienne de 2019 à 2023.

- "Il faut du temps" -

"Bien sûr qu'il y a des difficultés", mais "tout doucement, année après année, les choses vont s'améliorer", relativise une directrice d'école de Narva d'origine russe, Anna Zubova. Elle-même est partie de zéro, il y a des années de cela, mais maîtrise totalement l'estonien aujourd'hui.

"Avec une réforme de cette ampleur, il n'est pas réaliste d'espérer prévoir chaque étape dans ses moindres détails", abonde auprès de l'AFP Helna Karu, responsable de la transition linguistique au ministère de l'Education : "Pour les parents comme pour les enfants, il faut du temps pour que les résultats soient totalement visibles".

Mais les enfants les plus fragiles risquent d'être laissés pour compte, craint Irina Rozkova, qui cite l'exemple de son fils autiste Alexander.

Le collégien "n'arrive même pas à retenir les mots tere (bonjour) et head aega (au revoir). Je tremble à l'idée de ce qui l'attend", confie sa mère.

This article was published Wednesday, 18 February, 2026 by AFP (672 words)
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Des élèves en cours de langue estoniennne à Narva, en Estonie le 16 janvier 2026 - STR (AFP)

Des élèves en cours de langue estoniennne à Narva, en Estonie le 16 janvier 2026 - STR (AFP)


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