Chez les gens du voyage, une nouvelle génération bouscule les traditions

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Chez les gens du voyage, une nouvelle génération bouscule les traditions.

Paris (AFP) - Poursuivre des études au risque de déplaire à sa famille, vivre en appartement plutôt qu'en caravane: une partie de la jeune génération des gens du voyage cherche un équilibre entre attachement à sa communauté et besoin de réinventer certains codes. 

A 32 ans, Kévin est chef exécutif dans un grand restaurant parisien. "Un métier de femme", selon son père, issu de la communauté gitane, qui ne lui a plus adressé la parole pendant un an.

Après une enfance en caravane, le jeune homme au catogan a choisi de vivre en maison, contrairement à son frère et sa soeur.

"Je suis un gitan qui a décidé de vivre autrement", raconte-t-il à l'AFP, heureux d'être "sorti de ce mode de vie" qu'il considère comme une "vie de misère". 

Parmi les aspects qu'il critique le plus : "la conception de l'enfant roi, à qui l'on permet tout, y compris de ne pas aller à l'école", ainsi que la "place catastrophique de la femme", destinée, selon lui, à se marier jeune pour s'occuper du foyer.

"Quand on est gitan, on ne voit pas l'intérêt de faire des études. On pense que l'école, c'est pour les autres", affirme Kévin, qui a longtemps eu "honte" de ses origines.

- Liberté -

Selon Mickaël Guérin, docteur en sociologie, si l'itinérance complexifie la scolarisation, le rapport distant à l'école s'explique d'abord par "des politiques d'accueil et d'habitat".

"Pendant longtemps, l'État a toléré la non-scolarisation des enfants voyageurs", rappelle-t-il. Cette acceptation institutionnelle a favorisé selon lui "l'émergence de modèles de réussite davantage fondés sur le travail indépendant et la mobilité que sur les normes scolaires".

Comme Kévin, Wesley s'est éloigné un temps. "Jusqu'à mes 18 ans, j'ai toujours été sur la route", raconte ce père de famille de 35 ans, issu d'une communauté gitane installée près de Rouen. 

Ses parents, commerçants ambulants, n'avaient "ni terrain, ni maison". "On se retrouvait en famille avec mes oncles et tantes. En mars, pour cueillir les jonquilles, en avril pour le muguet, puis on allait en pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer", en Camargue, se souvient-il.

"Je n'ai jamais mis les pieds dans un collège", regrette-t-il. A 18 ans, lors d'un baptême familial, il dit avoir "pété les plombs". "Je n'en pouvais plus de ce mode de vie." 

Après une longue hospitalisation pour un problème de tendon d'Achille, il passe à Limoges un bac pro en photographie.

Un choix qui a valu des remarques de la part des siens, parfois même des bagarres. "Pendant des années, j'ai cru qu'il fallait choisir entre ma communauté et ma liberté", raconte Wesley, aujourd'hui cadre chez Orange.

Il dit avoir depuis trouvé son équilibre : installé avec sa femme dans une petite maison en cours d'agrandissement, il vit provisoirement en caravane et accueille son père vieillissant chez lui, fidèle à la tradition de solidarité familiale des gitans.

- "Non mariables" -

Cette quête d'équilibre se retrouve aussi dans le parcours d'Anaïs, 26 ans, originaire de Rochefort (Charente-Maritime). Née d'un père manouche, elle est la seule de sa famille à avoir fait des études supérieures, encouragée par sa mère.

Diplômée des métiers d'art et du design, elle veut développer un outil pour accompagner la scolarité des enfants voyageurs.

"Ce n'est pas parce que je fais des études et que je vis en appartement que je dois renier mon identité", revendique-t-elle.

Elle critique en revanche le poids du patriarcat. "Même si ça évolue, on impose beaucoup de règles aux jeunes filles. Parfois, elles ne savent même plus comment se comporter pour ne pas être considérées comme non mariables", poursuit-elle.

Anaïs s'inquiète également de la persistance des discriminations envers les voyageurs. "C'est presque normal de ne pas les aimer", lâche-t-elle, rappelant que les gens du voyage sont loin de constituer un groupe homogène, avec "plein de communautés et de sous-communautés".

- Nostalgie -

Un constat partagé par Ritchy Thibault, jeune d'origines manouche et gitane. Les voyageurs continuent, selon lui, de pâtir de stéréotypes hérités d'une longue histoire de discriminations, depuis le régime administratif d'exception imposé aux "nomades" en 1912, qu'il estime perpétué par la catégorie administrative de "gens du voyage", sans oublier le génocide des Roms, Sinti, Yéniches, Gitans, Manouches et voyageurs pendant la Seconde Guerre mondiale.

Derrière cet héritage commun, les rapports à l'identité voyageuse restent contrastés. Chelsy, médiatrice socio-éducative de 27 ans, se dit nostalgique de la vie en caravane abandonnée par ses parents quand elle était enfant.

"Ma mère n'en pouvait plus de vivre sans douche dans la caravane (...) Moi, j'adorais les journées dehors avec mes cousins", se souvient-elle. 

Quand la famille a emménagé en appartement, Chelsy s'est sentie "prisonnière entre quatre murs".

Encouragée par sa mère, elle a décroché un master 2 en Français langue étrangère.

"C'est compliqué quand on est la génération intermédiaire. On a hérité de la culture, de la langue, mais on a fait des études et on a du mal à savoir qui est on est", observe Chelsy.

"Il y a un autre rapport à la liberté, à la nature. Quand on voit l'augmentation des dépressions et burn-out dans la société, ça fait réfléchir", explique-t-elle.

Elle questionne certains aspects, comme le "tabou autour de la sexualité", et relève que les enfants du voyage passent souvent "directement de l'enfance à l'âge adulte".

Mais avec le temps, ses questionnements identitaires se sont apaisés. "On peut très bien jongler entre deux identités".

This article was published Monday, 5 October, 2026 by AFP (867 words)
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Un camp de gens du voyage le 30 juillet 2006 dans la commune de Ciboure, dans les Pyrénées-Atlantiques - DANIEL VELEZ (AFP)

Un camp de gens du voyage le 30 juillet 2006 dans la commune de Ciboure, dans les Pyrénées-Atlantiques - DANIEL VELEZ (AFP)


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