A Sao Tomé-et-Principe, l'exode des jeunes au coeur des législatives
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A Sao Tomé-et-Principe, l'exode des jeunes au coeur des législatives.
São Tomé (AFP) - A Sao-Tomé-et-Principe, petit Etat insulaire d'Afrique centrale, un même espoir est sur toutes les lèvres : que le gouvernement issu des élections législatives de dimanche parvienne à créer des emplois et à freiner la fuite d'une jeunesse en quête de perspectives.
Près de 146.000 électeurs de cet archipel du golfe de Guinée d'environ 210.000 habitants et de la diaspora se rendront aux urnes dimanche pour un triple scrutin : municipal, régional et législatif - le rendez-vous politique le plus important dans ce régime parlementaire, considéré comme un modèle démocratique en Afrique.
Devant les trottoirs surchargés du marché central de Sao Tomé, la capitale, trois jeunes conducteurs de moto-taxis s'écharpent sur la conduite à tenir dimanche.
"Depuis que je suis né, le pays ne change pas", lance Miguel, décidé à s'abstenir, face à Ericson, dont le choix n'est encore pas tranché, et à Nilson, qui va aller voter avec l'espoir que "ces élections permettent de créer des emplois".
Toutes les personnes interrogées dans la rue ont refusé de donner leur nom de famille.
Tous s'accordent sur cette nécessité. "Pour cela, il faut des investissements, des créations d'entreprise, un nouveau port et un nouvel aéroport", poursuit Nilson, considérant que trop de jeunes deviennent moto-taxis, comme lui, faute d'alternatives.
A quelques mètres de là, un écran géant diffuse en boucle des vidéos du parti au pouvoir, l'Action démocratique indépendante (ADI), majoritaire au Parlement.
Devant, deux femmes échangent avec des passants, vêtues de casquettes et t-shirts rouges flanqués du logo du Mouvement de libération de Sao Tomé-et-Principe (MLSTP), l'autre grand parti de l’archipel, issu de l'ancien parti unique qui régnait avant l'introduction du multipartisme en 1990.
- "Manque d'opportunités" -
Outre ces deux partis, cinq autres formations se disputeront les 55 sièges du parlement santoméen, battant campagne dans tout l'archipel en organisant du porte-à-porte et des rassemblements dans les villages.
Ces partis sont davantage fondés sur des "convergences d'intérêts" que sur de réelles divergences idéologiques, explique à l'AFP Arzemiro dos Prazeres, ancien président du Parlement. La plupart, dont le MLSTP, ont d'ailleurs soutenu le président Carlos Vila Nova (ADI) lors de l'élection présidentielle de juillet.
Une logique d'intérêts qui prévaut aussi pour certains électeurs, affirmant n'être disposés à voter qu’en échange d’une contrepartie. Au sortir d'un évènement de campagne de l'ADI, casquette et t-shirt jaune et bleu à la main, un quinquagénaire a assuré à l'AFP avoir reçu une somme d'argent pour voter.
D'autres souhaitent que le gouvernement change, comme Bruno, 25 ans, au chômage après une formation en informatique, qui votera pour le MLSTP. "Les jeunes sont négligés, ils n'ont ni emplois ni loisirs. Il n’y a rien pour se divertir ici hormis la fête et la boisson", tance le jeune homme.
"Beaucoup de jeunes partent à cause du manque d'opportunités", affirme-t-il, confiant songer lui-même à tenter sa chance ailleurs mais n'en avoir pas les moyens.
- Exode des jeunes -
Dans un rapport publié en 2025, la Banque mondiale estimait qu’au moins 18% des Santoméens vivaient à l'étranger, soit près de 40.000 personnes.
L'institution note une forte augmentation ces dernières années, avec un pic d'environ 24.000 départs en 2023, majoritairement des jeunes. Le Portugal, ancienne puissance coloniale, est la première destination, suivi de l'Angola et du Gabon.
"Toute l'économie du pays pâtit de cette situation", commente Gabriel Da Costa, ancien Premier ministre (2002 puis 2012-2014), qui observe une pénurie de main d'oeuvre dans certains secteurs, dont le bâtiment, du fait de cette vague d'émigration.
Le coût de la vie élevé, en hausse, et la déliquescence des infrastructures et services publics, notamment l'électricité, les routes et le système de santé, s'ajoutent aux causes du départ.
"L'hôpital est pourri, il faut le rénover", témoigne ainsi Aizy, femme de ménage de 38 ans, un nouveau-né dans les bras, marquée par la vétusté des lieux de son accouchement.
En dépit d'une récente amélioration, les fréquentes coupures d’électricité sont aussi un sujet de préoccupation majeur pour les Santoméens, marqués par des fêtes de fin d'année 2025 passées dans le noir.
- "Attirer des investissements" -
Enrayer cette mécanique de départs sera sans doute le principal défi du prochain gouvernement. Pour cela, tous les partis s'accordent sur la nécessité de mobiliser des financements, comme l'équipe sortante du Premier ministre Américo Ramos affirme s'y être employée depuis janvier 2025.
"Toute notre politique vise à créer les conditions pour attirer les investisseurs", assure Ilza Amado Vaz, ministre des Affaires étrangères et candidate aux couleurs de l’ADI, "avec l’objectif que Sao Tomé-et-Principe sorte de sa situation de dépendance vis-à-vis de ses partenaires internationaux" - le Portugal, l’Union européenne, le Brésil, la Chine et les Etats-Unis.
Mme Amado Vaz espère également poursuivre "le développement d'un tourisme de qualité, respectueux de la biodiversité" dans ce territoire aux plages paradisiaques, entièrement classé réserve de biosphère par l'UNESCO.
Le risque d'une forte abstention, en progression lors des derniers scrutins, pèse néanmoins sur la jeune démocratie santoméenne, alors que 59% des électeurs se sont abstenus lors du scrutin présidentiel de juillet.
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Un panneau de campagne électorale au-dessus d'un marché à Sao Tomé, le 23 septembre 2026, à Sao Tomé-et-Principe - Guillaume GERARD (AFP)